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Julie
Robert, La couleur comme une histoire, texte Doris Vasiloff, revue Parcours
2001
«
Heureux qui comme Picasso a fait un beau et long voyage de 90 ans à
travers la peinture, Ie dessin et la sculpture. » C'est en ces
termes que l'on pourrait résumer la fascination qu'exerce depuis
toujours le grand peintre sur une nouvelle venue, Julie Robert.
Julie Robert est un entre passionne, point. Est-il nécessaire
d'ajouter : de peinture, de formes, de couleurs, de vin, et de la vie
dans tous ses débordements Lorsqu'on se retrouve devant ses toiles,
tous ces qualifi-catifs sautent aux yeux. Ce qui est moins évident,
c'est la façon ; on et la manière dont Julie réussit
à aller chercher toute cette énergie et à l'ancrer
sur un timide et pale canevas. Tout d'abord, formation de graphiste
oblige, elle dessine. Elle fait ensuite, comme elle dit, sa «
mise en page » afin de stabiliser ses images, puis, une fois installée
confortablement dans son petit décor coquet, elle fout le bordel
! La voila qui part à l'assaut de son ennemi numéro un,
la nature morte. Parce que, pour Julie, « nature » et «
morte» ne vont pas du tout ensemble. Alors, elle met à
mort l'immobilité du sujet afin de lui redonner vie a grands
coups de pinceau et d'épaisses couches superposées d'acrylique.
Nul ne sait quand elle s’arrêtera, ni quel évènement
viendra freiner sa démence haute en couleur et en mouvement.
«J'étale, je gratte, je grafigne, je tourne mon pinceau
a l'envers et je laisse des cicatrices bien étudiées.
Je laisse sécher, puis j'en ajoute encore ; c'est un continuel
work in progress ", explique l'artiste. Ça bouge, c'est
coloré, c'est Robert ! Julie admet ne jamais savoir à
quel moment elle s'arrêtera lorsque cette « grosse énergie
» l'envahit. Il faut que le tableau soit sensuel. Les sens aiguisés,
elle a besoin de s'amuser, de jouer comme un jongleur avec la matière,
la couleur, la forme et le mouvement. Elle admire d'ailleurs Miró
et Francis Bacon, non tant pour le sujet, mais pour la couleur. Ce goût
de la matière brute ne lui vient pas du design graphique, mais
bien de ses années d'études a l'Université Concordia,
ou elle a fait un baccalauréat en peinture. C'est la, en fréquentant
les beaux-arts de la galerie, qu'elle a eu la révélation.
Quoique
que les thèmes de Julie soient plutôt figuratifs, ils n'empêchent
pas la fusion énergique des couleurs et des formes qu'elle fait
danser sur la toile tout en leur donnant une unité. Julie Robert
aime le bon vin, les fruits, les fleurs, le poisson, la mer, les bateaux,
le bleu, le jaune, le rouge... et encore du bleu. Un rappel de la mer,
ou le chant d'un marin qu'elle connaît trop bien... Celui ou celle
qui aura la chance de récupérer la bouteille qu'elle a
lancée à la mer connaîtra le fond de l'histoire.
Parce que, comme elle le dit avec un si gentil sourire : « Peindre,
c'est comme jeter une bouteille à la mer : on ne sait jamais
si le message va se rendre et, au bout du compte, c'est le public qui
décide. "

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