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Armand TATOSSIAN, l'homme qui dessinait des nuages...Un texte de Doris Blanchet Vasiloff, publié dans la revue Parcours, printemps 2003. Quand on s'appelle Armand Tatossian, qu'on est devenu membre de l'Académie Royal du Canada en 1973 et qu'on a peint une toile nommée Le Manoir Montebello, à la Galerie Nationale, que peut-on rêver de plus ? « Mais, on rêve de peinture voyons, de peinture et encore de peinture ! » s'exclame le principal intéressé avec une simplicité et une conviction désarmantes. Cette fameuse peinture qui a su si bien envoûté le peintre l'a assujetti depuis de quarante années. Voici comment tout a commencé. « Tout d'abord, c'est la faute de mon grand-père. C'est lui qui, au petit matin, dès les six heures, m'emmenait à la plage. À ce moment là, bien qu'Arméniens, nous vivions en Égypte. J'avais dans les six ans et il me fallait observer, puis dessiner les nuages. Si je ne m'appliquais pas à bien dessiner et à reproduire ces nuages, il menaçait de m'envoyer à l'église, ce qui ne me plaisait guère, je dois bien l'avouer. C'est comme ça que j'ai pris le goût du dessin. Il faut dire que mon grand-père était un homme intelligent, et comme il était peintre lui-même, il a vu tout de suite que j'avais du talent, et il s'est mis dans la tête de me faire travailler fort. Pour devenir un bon peintre, ça demande beaucoup de travail et de discipline. C'est ce que m'ont grand-père m'a enseigné et avec les années de pratique que j'ai accumulées, je suis à même de confirmer qu'il avait raison sur toute la ligne. Le dessin est la base de l'artiste, qu'il soit peintre ou sculpteur. Il faut savoir dessiner sinon, il ne sera jamais un peintre important. Il faut connaître ce que j'appelle la cuisine ; après on peut s'en foutre et défier toutes les règles de la peinture, mais il faut d'abord les maîtriser. Durant les années où j'ai enseigné à l'Université Concordia, c'est ce que je me suis appliqué à faire comprendre à mes étudiants. Les choses les plus simples sont parfois les plus difficiles à saisir. Quand on est jeune, on croit souvent que le talent suffit, que le monde s'ajustera à nous, que c'est aux autres de faire l'effort de comprendre notre peinture. Il y a du vrai dans tout cela, mais encore faut-il savoir, comme l'écrivain, écrire avant de philosopher, quoi que se soit. Du talent renforci par la maîtrise du dessin, une bonne préparation de la toile, la connaissance des couleurs et des formes ainsi que la composition, ça ne trompe pas. » Le dessin, encore aujourd'hui, et ce malgré l'importante production qu'il a derrière lui, demeure pour Armand Tatossian le point vital de la peinture. Il y revient sans cesse, crayonnant ici et là. En attendant dans les aéroports, il croque quelques visages au passage dont il exagère les traits plus jolis ou plus laids qu'ils ne le sont en réalité ; souvent ces visages se retrouveront dans une toile ou un dessin. Et la peinture ? « La peinture ?! C'est la forme sculptée du dessin. » En accumulant des masses de peinture sur son pinceau au point de le rendre lourd à manier, si lourd que le geste s'écrase sur le canevas, Tatossian laisse glisser lentement, tel un coulis, une longue raie de couleur, toute de matière, qu'il travaillera par la suite avec le pinceau, la spatule ou les doigts. C'est si agréable de jouer et de masser ces crémages de couleurs, de les laisser prendre forme. Cette touche charnelle, Tatossian l'a emprunté à la sculpture, à laquelle il s'est adonné un certain temps, trop court selon lui. C'est d'ailleurs son seul regret : ne pas avoir explorer davantage ce médium. Mais ce léger regret s'évanouit rapidement sur son sourire espiègle : « Bof, si on me donne la chance d'une autre vie, je serai sculpteur cette fois! » La peinture, c'est toute sa vie. Il ne fera désormais aucun compromis, il croit qu'il en a déjà trop fait. Maintenant, sa peinture passe avant tout et avant tout le monde. Moins fréquentes, les rencontres avec les amis, la famille. Se fait-il ermite, refuse-t-il notre monde ? Non, c'est plutôt un choix d'exclusivité, le choix d'un bonheur tranquille ; l'homme et sa peinture. Seuls au monde, envers et contre tous, tels Roméo et Juliette. Un amour inconditionnel, une fusion. S'éveiller au petit matin ave le parfum sublime de la peinture à l'huile ! Cette odeur de peinture qui vient lui chatouiller les narines alors qu'il est encore au lit et qui l'invite à venir peindre jusqu'à épuisement de cette qui l'habite, tel un désir compulsif et inassouvi. Le jeu aboutira à la création d'une œuvre d'où jaillissent des giclés de couleurs primaires aux traits puissants aussi bien qu'en de timides tâches de bleus tendres ou de verts composant un feuillage, le contour d'un visage ou d'un nu. Il précise avec une candeur adolescente qu'il est tombé amoureux de la couleur. « J'adore la couleur ! Toutes les couleurs ! La lumière aussi ! La lumière dans un tableau, c'est très beau... Et les formes ! » « On m'a fait remarqué dernièrement, ajoute-t-il, que j'avais une tendance à l'abstraction... Peut-être...» Le peintre est en tain d'entamer une autre mutation : une impressionnante augmentation de sa mémoire visuelle. Il peut regarder un visage quelques minutes, se retourner puis le dessiner, et le visage s'étalera sur le papier trait pour trait. Il peint de plus en plus avec sa mémoire des choses, des paysages et des gens. « Tout est là dit-il pointant sa tête de son petit doigt coloré comme un sucre d'orge. « S'il-te plaît, Armand, dessine-moi un nuage », demandait son grand-père...
Armand TATOSSIAN, New York d’amour et de couleurs La tragédie du 11 septembre 2001 à New York a fait couler beaucoup d'encre et de larmes. Qu'en reste-il un an plus tard ? Une vulnérabilité à fleur de peau, un peu d'amertume, un sentiment de vengeance, parfois, la douleur du souvenir, une blessure grande ouverte sur le monde qui la regarde, la juge, pèse et soupèse le bon et le mauvais. Que reste-t-il pour les vivants? Heureusement, des messages d'espoir, des actions, de la volonté, beaucoup de volonté. Celle de ne pas oublier, celle de pardonner, celle de réfléchir, celle de com-prendre, celle de prévenir et de guérir. Mais comment guérir ? L’Amour, toujours l’Amour, semble être la première et dernière solution afin d'arrêter l'hémor-ragie de la violence à l'échelle mondiale. C'est ce que proposent Pierre Antoine Tremblay, peintre, agent d'artistes, galeriste, et le peintre Armand Tatossian dans un livre de 165 pages mariant les oeuvres pictu-rales pleine couleur et les hommages textuels dans une édition de qualité. New York by-par Tatossian rend hommage aux New-Yorkais mais aussi au monde entier en leur adres-sant et en leur peignant un message d'espoir, d'amour et de paix. La collection d'oeuvres d'art pressente 10 croquis, une installation de 8 tableaux et 44 toiles a l'huile grand format. Cette collection unique cherche la route des musées plus que celle des acheteurs ou des collectionneurs. L es oeuvres, destinées à des expositions itinérantes ici et à l'étranger. L'exposition des tableaux en musée servira à propager ce message de paix universelle. Ce livre, New York by/par Tatossian, Armand le veut heureux, agréable et touchant, comme la vie elle-même, cette vie qu'il réclame à grands coups de spatule, d'huile et de cœur, comme dans sa toile From Dust to life, De la poussière a la vie, qui apparaît en couverture ainsi qu'à la fin du volume. Une œuvre d'une grande beauté, toute en douceur, en nuances, en harmonie, d'où surgit le squelette d'un arbre, un arbre de vie. Comme le phénix renaissant de ses cendres, New York commence une nouvelle vie. Au travers des ocres, des gris, des bruns, des jaunes et des verts délavés, de petites tâches de ciel bleu se fraient un chemin, comme dans un vitrail qui prend vie sous la lumière qui le frappe et l'illumine de l'intérieur. Ce livre a la même vocation : illuminer le monde de l'intérieur. Au fil des pages, les toiles se succèdent et se ressemblent peu. Il y a par exemple ce tableau où appa-raissent, au bout d'une petite rue toute anodine, les tours jumelles, un peu fantoma-tiques, bleutées, blafardes, mais d'une solide présence. C'est à la suite d'un court séjour à New York en octobre 2001, alors qu'il rendait visite a un ami triste et déprimé, que Tatossian a senti Ie besoin de dire à tous ces New-Yorkais, représentants tous les peuples du monde, qu'il fallait relever la tête et se mettre à rebâtir à coup d'amour et de paix. Éduquer les jeunes, les éloigner de la violence banalisée, « crier aux meurtres » qui sont perpétués à chaque instant à l'échelle de la planète. Dire que c'est assez. On veut la Paix, l'Amour, la Beauté. Armand Tatossian et Pierre Antoine Tremblay ont voulu retrouver la beauté urbaine de New York, mais aussi sa « vraie nature », celle des parcs, des rivières, celle de l'architecture qui raconte un passe si récent ; un passé mais aussi un présent construits par des millions d'immigrants qui ont pris racine dans la mégapole. En parcourant ce livre, on est imprégné par la sérénité qui s'en dégage, et même si on est parfois ému par une image ou un mot, ce sentiment de calme intérieur demeure. Un livre important, qui sera traduit en plus de huit langues, mettant en valeur le talent du peintre et sa vision spirituelle d'une tragédie historique majeure. Un cri, une supplication : « Protégeons la terre de nos enfants. Race humaine unis-toi, sors du chaos. Élève-toi au-dessus de ce nuage de poussière et redeviens matière, matière d'une nouvelle l'humanité. » . ( Doris Vasiloff, Parcours 2002) |
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